(On ne se moque pas de mon titre-blague car c’est méga important)
Je n’ai donné signe de vie pendant plusieurs semaines qui furent peut-être même des mois voire des années, seul le grand horloger pourrait nous renseigner sur la question. Je ne suis personnellement pas attirée par la barbe, qui s’y frotte s’y pique. Ma seule religion est l’arrivisme. Et nous ne sommes pas au service de "la recherche d'informations", tout de même.
Nonobstant le robot constant (n’ayant jamais réussi à faire ce jeu de mot somme toute minable lors d’une conversation mondaine, je me venge sur la vie mais surtout sur vous), vous allez vite me pardonner cet écart de conduite blougesque lorsque vous apprendrez quelle terrible mésaventure m’a éloignée de vous. J’ai moi-même cru ne pas m’en sortir et rester à jamais hébétée par le doux rêve fantasmagorique qui a trompé mon cerveau qui ne s’est laissé illusionner de la sorte que si peu de temps.
On nous cache tout, on nous dit rien, ce sera le leitmotiv de ma vie mais il semble que cette maxime se vérifie dans tous les moindres interstices de la vie interstellaire. Vous commencez à comprendre ? Oui, je ne parlerai ici de rien mais j’en parlerai.
Plus sérieusement, mon absence s’explique par un séjour fortuit et inattendu au Brésil, vaste jardin de mes ancêtres, terre sainte de tous les adorateurs de la danse possédée et mystique. Je vous fais grâce de mes observations ethnologiques (je me concentre pour finir mon épopée grandiose, qui sera l’œuvre de toute une vie, tant ces récits fabuleux semblent infinis).
Carnet de voyage moderne, pittoresque, exotique, irrespectueux et mitonné par une mythomanie latente, je me suis prélassée à l’ombre d’un affriolant noir au cheveu torsadé et au corps robuste et sculptural façonné par d’atroces conditions de vie. Doigts de pieds en éventail, le Brésil c’est l’administration et mon introduction aurait dû être bien plus courte.
Depuis un mois, je me prépare psychologiquement à replonger dans l’addiction de la drogue qui n’a pu quitter mon esprit malléable pendant plus d’un an et dans ses effets secondaires m’approchant chaque jour un peu plus du Nirvana. Souvenez-vous donc. Mes affinités administratives se confirment de jour en jour. On ne devient pas fonctionnaire, on l’est, on le sent et on le sait. Nooon, je ne l’ai pas choisi. Siii, c’est de la faute de mes parents. Le piston, les bonnes relations, ça n’a pas de prix. Les concours de fonctionnaires ? Si vous voulez mon avis, c’est du pipo et je commence à m’y connaître sur la question.
Que de mystère et d’ennui ! Au fait !
L’an dernier, je me suis plongée à corps perdu dans ce microcosme, dans ce monde aux règles sociales bien particulières et dont le vulgaire et bien portant quidam ne soupçonne ni l’existence, ni la subtilité. Je parle bien sûr du monde des impôts.
Où commence la réalité et où finit l’illusion ? Où s’achèvent les faits et où débutent les fantasmes ? Suspendue dans un univers a priori inconnu, je m’y suis sentie comme un colibri sauvage surplombant l’étendue sibylline de Singapour en quête d’identité, persuadé qu’un aigle royal sommeille en son for intérieur.
Les impôts c’est rigolo. Les rebuts de la société, les dégénérés mentaux, les centenaires indéboulonnables, les dictateurs contrariés, les rats de gouttières, les anarcho-syndicalistes, les bossus lubriques ne sont que quelques uns des personnages qui font la loi confuse, joyeuse et inquiétante de ces lieux ; et ce, dans chaque service. Voilà ce que j’en ai retenu dans ma fougueuse et revêche jeunesse.
Ma colonie de vacances, mon Brésil à moi, c’étaient les archives et ça le sera toujours. Sur le tas, j’y ai compris la notion de travail selon les termes publics (qui diffère tellement peu de l’océan de squales Buzzatiens dans lequel j’ai nagé tel le colibri mazouté l’année précédant cette expérience hors-norme) et ça vaut le détour. Entre absurde, inquiétude et dépit, le château Kafkaïen s’animait devant mes yeux ébahis.
Mes souvenirs sont vagues et comme tout songe, le réveil se révèle (prfff) déjà confus et bousculé, mais tout y est. Puis, à mesure que passent les jours et les mois, les détails s’oblitèrent d’eux-mêmes, les liens s’escamotent et le peu de cohérence s’érode. On en vient à se demander quelle part de reconstruction mentale vient recouvrir le parchemin initial, on en vient même à remettre en question l’existence d’un quelconque canevas originel.
Si ! Je le sais, j’y étais. Je les ai entendus, les vieilles cinglées insensées radoter, les jeunes chiens fous contester, les petits gros cyniques marmonner, les costumés lubriques obliquer. Je les ai fuis et me suis tapie dans mon antre sombre et faite d’étagères mouvantes.
Me connaissez-vous vraiment ? Connaissez-vous ma capacité de concentration exceptionnellement réduite ? Ma mâchoire s’est émancipée de ma figure à l’entendre « allez-y mollo, mon petit ! ». Les caves développent décidemment l’imagination. Je n’en pouvais plus d’activités trépidantes. Echanger les dossiers d’ISF ne m’a amusée qu’un temps, modifier les déclarations était un peu pervers, dévaler les rayons sur ma fière et fidèle monture volée au service du courrier m’a occupée plus longtemps, le wythme dans la peau je l’avais c’est sûr, j’ai fini très douée au crachat de coquilles de graines de tournesol puisque je ne faisais que des paniers à cent points les derniers jours.
Les impôts, c’est rigolo mais c’est aussi affolant. Les techniques archaïques et aléatoires sont bien rôdées, les questionnements futiles – à savoir quel nouveau marqueur utiliser – sont le pain quotidien, les déclarations « égarées » sont la part de risque irréductible et souhaitable et les petites gueguerres collégiennes bien divertissantes.
Non, j’ai vraiment aimé mes dernières vacances au Brazil. J’ai hâte d’y retourner retrouver les copains. Ah non ! Zut ! Je change de destination, je vais devoir m’intégrer à mon nouveau groupe. Ce n’est pas grave, j’ai tout prévu. J’ai mes boules de gum, j’ai mon regard austère, j’ai mon cube de Rubik, j’ai ma montre synchronisée sur l’heure du déjeuner, j’ai mon verre perso pour les pots quotidiens. On va bien s’amuser. Vous êtes friands. J’essayerai de prendre des notes un peu moins confuses. Mais juste un peu.
(Travis – Side et
Brazil - T. Gilliam)
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Yop yop, cet article est méga pompeux et incompréhensible, je m’aime. J’insiste, en vrac, sur (mes inspirations, car je suis une grande auteure) :
- Brazil, de Terry Gilliam ; qui est "tout simplement" fantastique, hilarant et poétique. Notre jeune héroïne et son charme ravageur n’ont fait que confirmer mon enthousiasme (et bien oui, je suis très faible). C’est d’ailleurs le fil rouge (si si, il y en a un) de cet article et ce qui me l’a inspiré.
- La grande magie, qui se joue à la Comédie Française (enfin bon, là, ce sont les vacances. Le monde entier est en vacances, dentistes, ophtalmo et j'en passe. Bandes de fainéants ! Il n'y a guère que moi pour travailler et blouguer). C’est ma représentation préférée, désormais. Ce fut une véritable surprise, j’y allais en trainant les pieds, ne connaissant pas du tout l’auteur - Eduardo de Filippo - et ai été moi-même charmée et illusionnée. Je suis toujours sous le coup de l'euphorie, je bondis. Il est toujours à l’affiche pour la saison 09/10. Je reviendrai à Parix exprès pour le voir, na. Denis Podalydès n’en a-t-il pas marre d’être aussi bourré de talent ?
- Il y a quelques temps, j’ai vu Abre los ojos, d'Alejandro Amenábar, dont le remake américain et Cruisé est Vanilla Sky. 'M’en fiche, Abre los ojos est aussi Cruzé (mais en version espagnole, ce qui n'est que plus agréable).
- Nono le robot, évidemment, sans qui rien n'eut été possible et que je n’ai malheureusement pas connu.
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NB : Je n’ai rien fait que mon contrat aux impôts m’interdise. Je prévois le coup, on ne sait jamais ^^
